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Francois Mitterrand & Cie

  • Sarkozy et ses soutiens...

    sarkozy.JPGCette dernière semaine, je me suis penché avec intérêt sur la liste des personnalités, vedettes, intellectuels, artistes, qui soutiennent Nicolas Sarkozy. Pour tout vous dire, je n’en avais à l’origine qu’une vague idée et au vu des premiers noms parvenus jusqu'à moi, je m’étais dit que je n’aurais pas à évoquer cette question. Depuis, on m’a indiqué qu’un certains nombres de caractères venus de la gauche, naguère proches de moi ou de mes orientations, s’étaient ainsi ralliés au candidat de l’UMP. J’ai voulu en avoir le cœur net. Dans l’ensemble, ce que j’ai découvert ne m’a pas surpris. C’est une situation qui n’est pas sans rappeler 1958, quand ils allaient tous à la soupe de « mon général ». Que mes lecteurs me pardonnent, mais je leur dois quelques explications au sujet de ces ralliements, qui au premier abord, peuvent paraître  surprenants, d’autant que certains se réclament encore de moi. Me sentant une part de responsabilité dans cette affaire, je délivrerai ma part de vérité. Je vais par conséquent me livrer à une petite revue de détail en priant ceux qui me lisent de me pardonner le caractère éventuellement fastidieux de l’exercice. 

     S’agissant de Roger Hanin, je peux vous garantir qu’il est de bonne foi. Il est persuadé que tous les socialistes m’ont renié. Beaucoup l’ont fait. Mais s’il me lit, j’espère qu’il se souviendra que cela n’a jamais été le cas de Ségolène Royal. D’une certaine façon même, ce que lui ont fait endurer certains partisans de Strauss-Kahn durant la campagne interne du parti (Cambadélis a beau approcher la soixantaine, il se croit encore chez les Lambertistes, le coup des sifflets au meeting du Zénith, en novembre dernier, quelle tristesse…) aurait du lui montrer ce qu'il en était réellement. Ne m’a-t-elle pas cité comme une référence depuis le début ? Je conseille donc à mon beau-frère de voter Royal. C’est comme ça qu’il pourra le mieux embêter ceux des socialistes qui en ont fait un peu trop en prenant leurs distances avec moi, et qui, ces derniers temps rechignent (c’est une litote, mais je ne veux pas diviser ce qui l’est déjà trop) à soutenir une candidate qui s’inspire de ma pratique. Roger a toujours été entier. Il me revient que le jour de ma prise de fonctions à l’Elysée, le 21 mai 1981, il avait failli causer un scandale au déjeuner parce que le maître d’hôtel lui servait des tranches de foie gras trop grosses. Il s’était aussitôt persuadé qu’on le traitait en nouveau riche, en parvenu, et qu’en le servant ainsi, les laquais jusque là dévoués à Giscard d’Estaing lui signifiaient le mépris qu’ils avaient de ses manières et de sa proximité avec moi. Par la suite, ça s’est arrangé, et croyez moi, il a toujours fait honneur au buffet lors de ses visites ultérieures. Pour ma seconde investiture en 1988, je l’ai même vu se cacher derrière les colonnes de la salle des fêtes de l’Elysée pour s’empiffrer de petits fours et mieux échapper à la surveillance de Christine Gouze-Raynal, son épouse, qui l’avait mis au régime.

     Pour ce qui est de Pascal Sevran, le cas est plus délicat. Comme toujours, il en fait trop. Fort heureusement, on ne m’a pas demandé mon avis sur ses sorties récentes. J’aurais été obligé d’indiquer que je ne pouvais préserver la même qualité d’amitié à son endroit. Il n’est quand même pas obligé de s’afficher dans des réunions publiques aux côtés de Sarkozy, non ? Ca fait un peu opportuniste, et pour tout vous avouer, ça me déçoit. Que Sevran soit de droite, je l’ai toujours su, ça n’est pas le problème, mais s’afficher de cette façon avec un individu qui n’a rien lu, c’est indécent. Je doute que Sevran puisse l’entretenir des œuvres de Bernanos ou de Bataille. Tiens, une journaliste m’avait confié un jour qu’elle avait convié Sarkozy à une émission radiophonique afin qu’il puisse livrer au public ses goûts littéraires. L’entourage avait accepté l’invitation dans un premier temps, puis l’avait annulée quelques jours après. « Vous comprenez, avait-on dit à la journaliste, Nicolas ne lit rien, il n’aime pas ça. Venir chez vous, il serait ridicule ».

     Et puis il y a les intellectuels… Finkelkraut, Bruckner, Gluksmann. J’ai du mal à comprendre le premier. Il fait des phrases qui n’en finissent pas. Je me demande parfois si il n’a pas écrit des discours pour le compte de Rocard. Si j’ai bien compris, on dit qu’il soutient Sarkozy, lui dit que ça n’est pas ça, mais il ne dément pas avec une extrème vigueur. C’est bien embrouillé tout ça. J’ai essayé de démêler le vrai du faux, le possible de l’impossible et finalement, au bout du compte, j’en suis arrivé à la conclusion que l’avis de  Finkelkrault, franchement, on s’en fout.

     Bruckner, c’est comme Enrico Macias, un petit déjeuner avec Sarkozy, et hop ! Rallié. Il a jugé Sarkozy « très courtois et très brillant ». Je m’en tiens là.

     Quant à Gluksmann, il ne faut pas chercher très loin. Il en veut à la gauche entière et à moi-même depuis que j’ai refusé de le nommer ambassadeur à Prague alors qu’il m’en suppliait. A quoi ça tient tout de même… 

     Max Gallo aussi s’est converti. J’aimais beaucoup ses livres autrefois. Je les dévorais vite. Le temps de lire la dédicace, savoir si elle était convenablement rédigée, et puis voilà. Je refilais ça à l’un de mes conseillers pour qu’il lise le reste et me fasse un résumé de vive voix. Cela me permettait toujours de féliciter Gallo pour son dernier roman, citation à l’appui. Je sais que cette petite attention avait le don de lui apporter du réconfort car les critiques ne l’épargnaient pas. Il est vrai qu’elles, elles avaient tout lu.

     Le cas de Bernard Tapie est passionnant. Il paraît que Boorlo, son ami, et conseil juridique à l’occasion, lui a mis en tête que Sarkozy élu, cela règlerait une bonne partie de ses soucis. Borloo a toujours été gentil avec Tapie. Quand ce dernier doit faire une interview au journal d’Antenne 2, il téléphonerait, dit-on, à son épouse, Béatrice Schonberg, pour lui indiquer les questions à poser. C’est pratique. Quand je pense que de mon temps, je n’ai jamais osé faire ça avec Ockrent ! J’ai été bien naïf… Cela étant, j’ai remarqué que depuis que Boorlo se fait prier à soutenir Sarkozy, Tapie est bien silencieux. Ne devait il pas nous faire connaître son choix ces jours-ci ? Je le connais l’animal. Il a du flair. Entre Boorlo qui tâte, et les affaires de Sarkozy qui ne doivent pas lui paraître si bien engagées que cela, il se terre en souhaitant qu’on l’oublie.

     Reste le cas du jeune Georges-Marc Benamou. Vous savez, ce garçon qui prend des dindes bien grasses pour des ortolans rachitiques. Il semblerait que dans les dîners en ville, il se flatte de conseiller Sarkozy. « Et j’ai dit à Nicolas » et « Nicolas m’a demandé de relire son discours »… Si c’est vrai, Sarkozy est fichu. C’est un porte poisse ce Benamou. Il est de notoriété publique que j’ai laissé ce jeune homme raconter partout qu’il avait noué avec moi une relation de confiance. En réalité, c’est Pierre Bergé qui me l’avait mis dans les pattes. Je songeais à un ouvrage de mémoires et j’avais besoin de quelqu’un pour me faire des fiches. A dire vrai, Benamou ne s'était pas révélé très doué pour cette tâche, il est dépourvu de toute rigueur intellectuelle. En revanche, c'était une mine de potins distrayants. Pour le récompenser, je lui ai accordé de signer le livre avec moi. Par la suite, il en a profité pour pondre quelques opuscules à partir de deux ou trois conversations que nous avons eu ensemble. Cela m’a beaucoup étonné de re-découvrir tout ce que j’avais pu lui dire en lisant ses ouvrages. Moi, j’avais le souvenir que nous avions surtout beaucoup parlé des nombreuses qualités de Valérie Kaprisky.